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Livre

  • . La mort de Marcel Proust;

    Dimanche 18 Novembre 2012, quatorze heures 49


       Un matin brumeux de novembre, j'ai vu Marcel Proust endormi à jamais sur son lit étroit, dans sa chambre nue et silencieuse.


       La mort n'avait pas troublé, pas attiré l'attention de ce beau visage oriental. Je suis restée assise auprès de ce lit funèbre où pesait légèrement tant de force spirituelle. Deux bouquets de violettes sombres se croisaient, par dessus la blanche toile, sur les pieds désormais immobiles; le grand écrivain dont s'occupait maintenant le monde me laissait l'image de ses jeunes années.


       Je contemplais en ce corps allongé la simplicité du pâtre, païen ou religieux;


      Comment Marcel Proust était-il mort ? Paisiblement, par lassitude, ajoutant aux fatigues, aux résignations d'une existence que l'asthme avait torturée ( et sa maladie ne convainquait plus tous ses amis, tant la supériorité le rassure) un mépris absolu de la vie.



       Lui, le peseur d'or, le bijoutier qui enchâssait dans le métal triste du temps les lueurs aiguisées et solides, il avait méprisé la vie, et la vie de ce jour-là où il ne voulut plus d'elle, comme il aurait oublié de se rendre à une de ces réceptions dont il n'estimait plus la maussade présomption !

       


       Comtesse de Noailles. 5 novembre 1930


        Marcel Proust est mort le 18 Novembre 1922


    .

  • . Patrick Modiano.

    Ce dimanche 18 novembre 2012, dix-heures 04


        Sans doute faut-il l'avoir dans sa bibliothèque, ça fait bien, mais ne l'offrez pas pour les fêtes de fin d'année. D'ailleurs j'ai jusqu'à ce jour été dans l'incapacité de lire en son entier un livre de monsieur Modiano. 


       Dix jours que je l'ai ouvert, je n'en suis qu'à la page 24 et je ne parviens pas à entrer dedans. Le titre ? " Les herbes dures ". Mais je n'ai sans doute pas le quotient intellectuel suffisamment élevé pour avoir accès à son univers, à son style.. 


      Je suggèrerais cependant à monsieur Modiano de fumer de l'herbe, sa plume serait alors plus folle.


        En revanche l'on m'a dit beaucoup de bien de " La vérité sur l'affaire Harry Québert " de Joël Dicker, jeune écrivain que je ne connais ni des lèvres ni des dents.


       Quant à moi je suis dans l'homme aux quarante écus de Voltaire ...


       J'ai une pointe d'angine au fond de la gorge. 


      

  • . De Monsieur Birnbaum et de Mlle Nothomb.

     

    . Jean-Marc Bédochet s'irrite de la chronique de monsieur Birnbaum dans le Monde des Livres de ce Vendredi 26 août.

       Monsieur Birnbaum nouveau grand-prêtre du " Monde des Livres "  fait la leçon aux lecteurs illettrés qui mettent en doute le bien fondé de la nouvelle formule. Le lecteur selon monsieur Birnbaum, vexé que l'on émette des observations sur une formule qu'il a inspirée et qui n'est nouvelle que parce qu'il le dit, le lecteur donc, doit être initié pour lui permettre " de faire les plus belles rencontres" . Et puis Mlle Nothomb, charmante chatte gothique, qui n'est pas encore parvenue à la cheville de Françoise Sagan, doit son entrée comme chroniqueuse parce qu'elle " entretient un rapport au texte extrêmement profond " et qu'elle a écrit qu'être écrivain " c'est déformer la réalité dans l'intérêt d'autrui. "  diable !

     Enfin écrit Bédochet dans son cahier : " Tout ceci est très parisien, un nouveau Monde est né avec monsieur Birnbam qui n'est qu'un écrivassier - ce qui est très honorable puis que je le suis moi-même - et non le gourou pour lequel il se prend. ".

      Bédochet a, notamment, comme référence entre autres, Pascal Quignard et lit ces temps-ci, un petit chef-d'oeuvre oublié d'Henri Murger : " Scènes de la vie de Bohème " .

    .

  • Fallait y penser avant. ( Nouvelle express )

    .   Elle le regarde. Elle le veut. mais lui ne la regarde pas, mais lui ne la veut pas. Elle le harcèle avec ses sourires, ses clins d'oeil, elle le croise, elle fait exprès, elle lui dit : " Je t'aime ". Elle sait qu'il ne la regarde pas parce qu'il ne la veut pas parce qu'elle n'est pas belle parce qu'elle est laide, d'ailleurs personne ne la voudra jamais parce qu'elle est laide, pas de visage, pas de corps pas de jambes, des seins qui tombent comme des baluchons.

       Voilà longtemps qu'elle le sait, elle est laide et pas conne, et même si elle était conne elle saurait qu'elle est laide. Pour autant ça ne peut pas durer, elle ne va pas toute sa vie durant savoir qu'elle est laide, se lire sa laideur dans le regard des autres, dans les grimaces des autres, dans leurs apitoiements ou compassions polis. il faut que quelqu'un paie de temps en temps.

       Elle s'approche, elle l'agrippe au col du chandail, elle lui dit souriant les yeux dans les yeux :" Alors hein ça se baise pas une fille comme moi, hein, je pue de la bouche, je fais honte, on s'affiche pas avec une fille comme moi, bac plus quatre, bac plus six, des queues, hein, faut du beau, du tendre, des formes, du talon aiguille, du parfumé  " .

       " Arrête, t'es folle, lâche lui dit-il, lâche, je t'ai rien fait, t'es une fille bien ". 

       Elle ricane: " Une fille bien ! Si,  mon vieux tu m'as fait quelque chose, jamais tu ne m'as regardée, tu savais que je t'aimais ".  Elle l'agrippe plus fortement l'amène plus près d'elle, elle est en dessous  de son regard, il lui est trop grand, mais elle aime aussi les grands. Il est grand il a les yeux bleus, il lui plaît, et si elle aime ce serait sa faute encore, elle aurait pas le droit d'aimer et de l'aimer lui ! ça devient impossible la vie !

        Alors elle prend quelque chose dans son sac en bandoulière, il sent comme une lame qui le perfore, tranchante qui lui déchire le bas ventre, ça coule ça pisse le sang à flot, elle le lâche, il s'écroule, il la regarde fou d'effroi et de douleur.

    " Tu vois, tu me regardes, fait-elle doucement, souriante, tu me regardes là, il fallait y penser avant."

    .

  • Si on s'aimait ..

    ... Il a dit qu'il allait fendre ma mère avec un couteau.

       Je dessine mon père avec un couteau en l'air. Et il le lève. Et il le baisse. Treize fois. Je décris mon enfer dans la pièce pleine de sang et je signe : Emily Jones, 12 ans. Fille noire qui en a marre. 100e rue est. USA.

       Papa vient juste de tuer maman sous mes yeux.

      Il me tend la main. L'assassin de maman, mon papa, Jupiter Jones, me tend la main. Il pleure. Il dit qu'il ne l'a pas voulu.Il dit qu'il m'aime. Que je suis la seule femme qui lui reste. Et qu'il me supplie de l'aimer. Il se jette à genoux devant moi. J'ai peur qu'il tache ma belle robe neuve. Je ne pleure pas. J'accepte se tête sur mes genoux.

     Je ne lui caresse pas les cheveux ni rien. L'ampoule brille au plafond. On est bien avancés.

     

     D'après " New-York, 100e rue est " une nouvelle de Jean Vautrin.

    Si on s'aimait ?. Recueil de Nouvelles. Fayard.

  • Les femmes grasses

      

       Les femmes grasses, dit du Bousquier, ont cela de bien qu'elles sont superbes à voir, elles n'ont qu'à se montrer, elles triomphent !

       Balzac. La Vieille Fille.

  • UN INTELLECTUEL M'APOSTROPHE .

     

    .   Un internaute m'apostrophe, me cite Montherlant, qui dit  qu'un homme de jugement se reconnaît au point et à la virgule . Merci monsieur le professeur je sais tout ça par coeur, si vous saviez vos points et vos virgules, mais je resterai élégant, cependant visiblement vous ne comprenez pas tout  et surtout vous ne comprenez rien en littérature, vous êtes une espèce de psycho-rigide, pour ne pas dire un illettré, allez je vous concéderai quelques ponctuations par les temps qui courent, il est tant d'esprits fragiles qu'il leur faut leurs garde-fous traditionnels, sinon ils carillonnent vite du beffroi, je vous donne acte de votre leçon particulière, mais première et dernière leçon ?

       Aubade en est à sa centième leçon : " Brûler d'amour " En brûlez-vous ? Y mettez-vous vos ponctuations, ou quels solécismes, quels barbarismes ou archaïsmes ai-je encore commis ..

    .

  • LE COUTEAU SUISSE.



    Il est six heures du mat.


    Il sort de sa chambre. Il fait le tour des pièces en guise de prise en main de la journée, d'échauffement. Sur la petite table basse du salon aux fauteuils en cuir crevé, gît un trognon de pomme qui a noirci pendant la nuit. La salope, pense t-il, qui déjà tous les soirs abandonne les emballages de pots de yaourts qu'elle a savamment épuisés toute la soirée en regardant l'écran de télévision.


    Et il faut sourire à des gens comme ça, pense t-il, propres sur eux, disent-ils, mais sales dans leur comportement.


    Avec répulsion il saisit par la queue le trognon, va dans la cuisine, sort un bol, le lui pose à sa place sur la table-toile-cirée-jaune-vif-à-vomir, et y laisse choir cette rognure qu'elle trouvera en se versant son chocolat pas même fumant.


    Le trognon était dans le bol et regardait Caïn. Il ricane. L'on peut nourrir quelque délicate, exquise et délectable pensée homicide et avoir de la culture.


    Il sort de la poche de sa robe de chambre un couteau suisse. Il en déplie une lame, en éprouve le tranchant sur la tendresse offerte de son pouce. Danger, il faillit se saigner. Quelle que soit la poche, tout au fond, toujours, il s'y trouve son petit couteau suisse dont la tièdeur le rassure, lui pince les lèvres, l'excite quand il l'étreint et le fait rouler au creux de sa main moite.

  • Une BAIGNOIRE, ça se vide !

    Une SAGA contemporaine racontant les tribulations d'un sexagénaire confronté aux affres du quotidien.

    Madame est absente pour quelques jours, partie garder la petite-fille qui en est pour l'année à sa sixième otite.
    Gilbert Cramoiseau ne décolère pas . Voilà bien les femmes aujourd'hui, le travail, les enfants, et le mari qui ne peut toujours pas les garder lorsqu'ils sont malades..

    Alors Madame, alias Brigitte Cramoiseau, se propose. Normal madame n'a rien à faire, maman n'a que ça à faire, ta mère peut bien faire ça dit le mari moi ma mère travaille. Alors hop ! madame la grand-maman prend son petit sac, enfin un plus grand, fourre sa brosse à dents, et va prendre le train.
    Et Gilbert Cramoiseau reste à la maison. Mais Gilbert s'en fout, Gilbert aime la solitude, enfin pas tout à fait parce qu'il a une fille qui poursuit ses études, elle a vingt ans mais comme elle ne les fait pas on lui demande sa carte d'identité, et qui reste à charge, qui habite chez ses parents, ça lui pèse mais elle se fait une raison.

    Et du coup Gibert Cramoiseau reste en tête, avec sa fille.

    Là, ils se font face autour de la table, elle le regarde, le fixe, attend sans doute un mot de son père, mais lui la regarde, la fixe, et ne bronche pas. Il ne digère pas.

    Ce matin il a pris un bain, c'est elle de plus qui lui en a donné l'idée, il n'en avait pas l'intention, il est propre mais pour qu'il prenne son bain il lui faut un contexte mais le contexte ce dimanche matin n'y est pas. Le contexte c'est avoir sué en courant. Eh oui, il court il court Gilbert Cramoiseau. Il n'y a pas que le furet.

    Il prend ce bain. Il en sort. Il laisse l'eau. Il part vaquer à ses occupations, il n'arrête pas. Il fait quoi ? toujours est-il qu'il n'arrête pas, en fait sans aucune affaire est toujours affairé .

    Il vaque donc.

    Puis il croise sa fille dans la salle d'eau, - lui à son époque l'on parlait de cabinet de toilette, et on l'étrillait à l'éponge et au gant de crin une fois par semaine dans une bassine. D'ailleurs il s'est revu dans le film " Le vieil homme et l'enfant " Il a dit à sa fille : " t'as vu, regarde bien c'est comme ça qu'on se lavait à l'époque. mais regarde ! ".

    Sa fille, Béatrice, lovée dans le fauteuil l'a regardé, lui, Monsieur Cramoiseau. Il lui en fait des comme ça tous les jours. Elle prend son mal en patience, elle a décidé que son père était un vieux fou. Il lui dit qu'elle ne l'aime pas. Elle ne répond pas. Mais elle sait que c'est vrai.

    Il la regarde, la fixe, mais ne bronche pas, il ne digère pas l'histoire de ce matin, enfin pas l'histoire, la réflexion.

    Il la croise dans la salle d'eau et elle lui dit, elle sa fille de vingt ans, les yeux dans les yeux, - elle est là avec son petit short moulant, effrontée - elle lui dit : " ça se vide une baignoire ! ".

    Suffoqué Gilbert, suffoqué. D'un coup il se crispe, ses yeux se durcissent.

    " C'est toi une moujingue de vingt ans, une nana à la manque qui va me donner des leçons, me remettre à ma place moi ton père, qui ai trimé pendant quarante ans, moi qui en ai soixante cinq ! ( C'est pas tout à fait ça, il se vieillit, c'est son chic à lui.)

    Tiens ! pensa Béatrice il ne me fait pas aujourd'hui, le :" Si j'étais un vétéran du Vietnam tu ne me respecterais pas davantage ! " Alors qu'il n'avait pas eu l'âge de faire l'Algérie, et qu'il n'avait même pas fait les paras. Quel vieux con .

    ça se vide une baignoire !

    Une porte claque violemment. Un courant d'air.

    ,
    Extrait du Roman : " La mirifique existence de Gilbert Cramoiseau. "


  • La MIRIFIQUE EXISTENCE de Gilbert Cramoiseau.

    LE CREPUSCULE des VIEUX.

    La saga d'un sexagénaire confronté aux affres des turpitides de la vie quotidienne.


    Une crise .

    Gilbert Cramoiseau, se lève, se rase, se parfume, prend son petit-déjeûner, pain dur dans café au lait , va faire son marché, va faire son loto, achète son journal, rentre chez lui, range les fruits au bas du réfrigérateur, descend les pommes à la cave. Puis va s'asseoir dans son canapé en cuir déchiré de Roche- Bobois. Une arnaque, il l'avait acheté en soldes il y a trente ans.

    Gilbert feuillette le journal, se lève va se mettre du Mozart.

    - Gilbert tu as rangé la charcuterie... il faudrait que tu passes l'aspirateur...tu as plié ton pantalon..

    Gilbert se mord les lèvres, et puis le déjeûner, et puis la sieste - C'est le corps médical, qui l'a prescrite , il a un alibi en or - va se lever, allumer la télévision, l'éteindre, la rallumer...regarder la couleur du ciel , mettre le couvert, la soupe, Marie Drucker; Desperate housewives; Cold case , affaire classées; Fbi : Portés disparus ; Esprits criminels; Femme de loi; , NCIS, et ...au lit !.

    Et ça va recommencer...

    - Gilbert ! T'as entendu ce que je t'ai dit..

    Mais Gilbert soudain en a sa dose. C'est ça la vie, il a travaillé comme un dingue quarante ans pour la gloire, et il y a une conne qui va le faire ....

    Mais Gilbert est un homme courtois, sa lèvre saigne. Il sent un gros sanglot lui monter à la gorge, des pleurs lui montent aux yeux, lui qui affirme haut et fort qu'il n'a jamais pleuré de sa vie.

    Il se lève, enfile ses pieds nus dans ses mocassins, ne claque pas la porte, la referme doucement, traverse vite la rue, et part et part.... Il passe devant la porte grand' ouverte de la chapelle, il hésite , non, non..il ne rentrera pas . Besoin de personne en Harley Davidson, ni de Dieu, ni de Nietzsche, ni..Mais il se ravise, il entre .

    Au fond,, sur l'autel, le crucifix, à côté la petite lampe ..

    Gilbert Cramoiseau, reste debout au pied de l'autel et regarde le Christ crucifié, droit dans les yeux : " Alors Seigneur, c'est ça la vie, c'est ça le bonheur, l'obligation de vivre cette vie à la con...! "

    Puis Gilbert Cramoiseau fait demi tour.

    Le Christ le regarde s'éloigner, et ne dit rien. Il sait que Gilbert Cramoiseau sait que la vie c'est autre chose que d'égrener quotidiennement les grains de ce chapelet de turpitudes domestiques.


    Au milieu du pont , Gilbert Cramoiseau regarde le fleuve s'écouler avec une grande sérénité. Le fleuve sait d'où il vient, se ressourçant éternellement , sachant où il se rendra toujours, sans jamais se lasser, au gré des aurores, des vents, des marées, des tourments, des flux et des reflux, et des couchers de soleil.
    Cramoiseau pense à Sisyphe , mais il pense à d'autres souffrances, bien autrement réelles que son prurit de petit nanti.

    Il pense à PetitBout qu'il a croisée l'autre jour qui écrivait, " je pourrais mourir personne ne s'en inquièterait. "

    Extrait du Roman : " La mirifique existence de Gilbert Cramoiseau. "

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